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12 juillet 2021

Manola Revue – Habiter le monde autrement

Il y a quelque temps, nous avons découvert Manola Revue ! Certains d’entre vous la connaissent peut-être déjà ? Pour les autres, pas d’inquiétude, on est parti à la rencontre d’Emmanuelle, l’instigatrice de Manola revue. On vous raconte tout ! Diplômée d’écologie et de journalisme, Emmanuelle commence sa carrière de journaliste sur les thématiques de l’écohabitat. Elle travaille notamment pour des magazines comme Terre Sauvage, Wapiti, Causette, Politis etc… 

Emmanuelle, comment s’est faite votre prise de conscience vis-à-vis de l’écologie ? Comment est né votre engagement pour l’écologie ? On sait qu’il y a une différence entre être lucide sur une situation et se mettre en action… 

Oui tout à fait… Concernant l’écologie, mes études supérieures m’ont bien sensibilisée. J’étais déjà assez écolo à l’école de journaliste, en 2003 mais après, j’ai effectué un stage pour Village Magazine (pour lequel je travaille encore). À l’époque, les gens qui étaient à la rédaction construisaient une maison écologique à la campagne. Je n’avais jamais entendu parler de ça et j’étais très intriguée. Ils auto-construisaient en bois, ils faisaient l’isolation de la maison et tout le reste de façon respectueuse… J’ai trouvé ça super !

Ensuite, le magazine La Maison Écologique est né. Je n’ai jamais travaillé pour eux, mais je suivais ce qu’ils faisaient avec attention. Je me suis vraiment intéressée à ces thématiques, à partir de ce moment-là. J’ai aussi écrit pour Habitat Naturel pendant plusieurs années… 

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Maison écologique. ©Simon Teyssou

Lorsqu’on commence à se questionner sur la possibilité de consommer autrement, plus sain, plus durable, la question du lieu de vie arrive très rapidement. Comment définiriez-vous l’écohabitat ? La déco écologique ou slow déco ? L’écologie d’intérieur ? Cela fait beaucoup de termes différents qui semblent aborder la même chose. Faites-vous une distinction ?

Oui, il y a une distinction :

  • L’écohabitat ou l’écoconstruction c’est le fait de construire des bâtiments écologiques par rapport à leurs matériaux et une conception bioclimatique.
  • La déco écologique, déco responsable ou slow déco (mais le terme commence à être un peu galvaudé) c’est plutôt une transformation des habitudes de consommation. C’est le fait, par exemple, de ne pas suivre toutes les tendances déco, de ne pas répondre aux diktats de la consommation. On s’oriente plus vers de l’immobilier ou des objets déco qui soient des objets de créateurs, du vintage, des pièces d’artisanat, ou des pièces design fabriquées localement. Le concept travaille surtout l’idée d’une consommation responsable. Le rapport à la décoration se transforme. Il devient plus durable
  • L’écologie d’intérieur, c’est le concept de Marie L’arrangeuse, c’est elle qui a inventé cette expression. On est dans une vision assez minimaliste de la déco. C’est avoir moins d’objets, être moins dans l’encombrement.

Tout est à lier, car on peut avoir une maison hyper écologique mais encombrée, une maison avec une déco très responsable, mais lors des rénovations, utiliser des matériaux peu respectueux… Dans la revue, on essaie d’aborder tous ces aspects ensemble pour sensibiliser et informer sur les alternatives qui existent.

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©Manola revue

Vous travaillez sur l’écohabitat et à un moment de votre parcours, vous rencontrez des artisans. Ces rencontres transforment votre façon d’agir. Quel lien faites-vous entre votre engagement écologique et l’artisanat d’art ?

J’étais plutôt une journaliste écolo, je parlais de la maison, mais il n’était jamais question de déco. Pourtant, j’ai toujours été passionnée de déco. J’avais envie d’explorer cette voie, mais aussi de faire quelque chose en lien avec mes valeurs et ça prend du temps de trouver « comment« . J’ai hésité à me reconvertir en décoratrice, mais, faire du shopping pour les gens qui veulent des choses dans des grandes enseignes, ça ne me correspondait pas. J’ai pensé à faire des reportages déco pour la presse, mais c’est aussi, souvent, plein de légendes, remplies de produits. Ça ne m’allait pas non plus…
Comme je faisais aussi de la communication, je me suis dit pourquoi ne pas proposer mes services aux créateurs ? C’était une façon de travailler dans le domaine de la déco mais de façon éthique. Parce que les créateurs artisans font de la petite série ou des pièces uniques, et ils font attention aux matières premières qu’ils utilisent. Donc j’ai commencé à écrire pour les artisans créateurs. Puis, je me suis formée en photo et je leur ai proposé mes services. 
Il y a eu aussi une grosse montée du nombre de petits créateurs et un énorme développement de l’artisanat. Il n’y en avait pas tant que ça autrefois. Il s’agissait surtout d’artisans traditionnels qui vendaient sur les marchés de noël, un peu à l’ancienne… Au moment où j’ai commencé à m’intéresser aux créateurs, il y a eu un espèce de boom des créateurs, des marchés de créateurs, des marketplaces, des salons de créateurs.

L’artisanat d’art s’est modernisé et est devenu plus tendance. Au début, ils avaient du mal à communiquer et je suis arrivée au bon moment. De fil en aiguille, j’ai décoré ma maison comme ça… Et j’ai eu envie de donner une autre portée à leur travail, d’en parler autrement, car leurs créations apparaissaient peu dans la presse déco. Ensuite, le magazine est né assez naturellement.

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Atelier de Élise Lefebvre, céramiste. ©Manola revue

C’est vraiment l’essor de l’artisanat moderne qui a donné naissance à Manola ?

Oui ! Et le fait que les reportages déco qui avaient cours, ainsi que les visites d’intérieurs ne montraient pas ce qui était éthique. J’avais envie de mettre cet aspect en relief. Au lieu de préciser que la cuisine était une IKEA, je voulais appuyer sur le fait que tel objet était une création de tel céramiste, ou inspiré de l’esthétique de tel créateur.
J’avais également envie d’une revue qui mixe à la fois le côté écohabitat, mais aussi le côté déco. Le fil conducteur de toute la revue, c’est l’éthique et l’esthétique.

Qu’est-ce qui vous a touché chez les artisans et vous a amenée à travailler avec eux ?

Ce qui me touche dans le travail des artisans, c’est d’une part l’aspect éthique, mais c’est aussi l’aspect réellement créatif. Ce qui est frappant, c’est de voir à quel point il y a plein de petits créateurs, ou artisans qui se font plagier par les grandes enseignes. On retrouve leurs motifs, leur créativité, leur style, dans les catalogues de chaînes industrielles… En fait, c’est le travail des créateurs qui crée les tendances, c’est lui qui porte l’originalité, l’authenticité.

Votre revue ne peut se lire qu’en format papier. Pourquoi avoir fait ce choix ? Cela peut surprendre à une époque de transition globale vers le numérique !

J’adore le papier ! Je suis une grande lectrice de magazines papier. Je n’ai jamais cessé d’en acheter. Moi, à la base, je suis formée en presse magazine. Après, je travaille aussi pour des webzines et je trouve que ça n’a rien à voir. D’autant plus, lorsqu’il s’agit de photos de déco, on a besoin d’avoir des images qui prennent toute la page.
Donc oui… Je suis une grande fan du papier et de la presse papier. C’est la presse quotidienne qui rencontre des difficultés, pas les magazines. Il y en a sans cesse de nouveaux ; et les magazines sont toujours lus. On a préservé ce côté bel objet, beau papier, que l’on peut garder précieusement. J’ai aussi choisi le format semestriel pour un certain confort, et le fait d’avoir une date de sortie deux fois par an, ça implique une dynamique différente du blogging. Ce n’est pas la même temporalité. Ce que je trouve intéressant (on le sent moins sur les magazines en ligne) c’est qu’on va travailler un contenu, une ligne éditoriale globale. Pour un numéro, il faut trouver une cohérence, un fil conducteur. 

Avez-vous choisi un papier particulier pour Manola revue ?

Malheureusement, ce n’est pas du papier recyclé. Mais c’est un beau papier bio, labellisé. Je souhaitais aussi que la revue soit tirée par un imprimeur français. Ce qui est de moins en moins souvent le cas. C’est donc un imprimeur français et un très bon imprimeur, minutieux et à l’écoute !

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Pourquoi Manola ?

J’aime bien les projets ou entreprises qui portent des prénoms. Par conséquent, j’avais envie que le magazine porte un prénom. On se la pète souvent un peu dans le milieu de la déco. Je voulais quelque chose de léger et simple.. Dans « Manola », il y a la main de l’artisan dans le nom : Mano… Mais aussi ce côté frais, chantant… Ça m’a plu. Voilà !

Comment se fait la sélection esthétique et éthique au sein de votre revue ? Comment choisissez-vous les artisans, les intérieurs, les objets ?

La sélection d’objets est faite par Caro, Yasmine et Juliana. Je leur ai donné comme un mini cahier des charges. Par exemple, dans leur sélection, il ne faut pas qu’il y ait plus de deux objets faits à l’étranger. Et dans ce cas-là, il faut que ce soit équitable, il faut que ce soient des créateurs, pas de grandes enseignes. Ça, c’est pour l’éthique. Pour l’esthétique, on se fait confiance. Pour les intérieurs, je les trouve comme tout le monde sur les réseaux sociaux. Il faut qu’il y ait du vintage ou/et des créateurs ; ou alors qu’il y ait de belles pièces design. Malgré tout, une pièce design, c’est quelque chose qu’on garde et qu’on transmet même ! On reste dans l’idée d’une consommation éthique car c’est durable. Je regarde aussi les matériaux de construction, même si ce ne sont pas des maisons écologiques, il faut que ce soit des matériaux naturels, que ça ait été fait avec soin. Souvent, le parquet est rénové, on voit que les éléments ont été rénovés plutôt que remplacés. C’est important qu’on  puisse sentir un esprit de préservation.
Les personnes que je visite ne sont pas forcément que des propriétaires. Dans le premier numéro, il y avait aussi deux locataires, mais on voit que l’appartement a été rénové avec soin, que les choses sont faites de façon réfléchie.

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Visites d’appartements. ©Manola revue

Pour revenir un peu sur la ligne esthétique parce qu’on sent bien qu’il y en a une. Comment la définirais-tu ? 

C’est compliqué à définir parce qu’on sera amenées à faire des choses très différentes… Le premier numéro était marqué par une forme de sobriété, mais dans le second la couleur vive sera à l’honneur !
On est globalement attirées par des esthétiques où on ressent une personnalité qui s’incarne dans l’atmosphère. Il y a souvent des meubles chinés mélangés avec d’autres choses. Par exemple dans l’un des appartements qu’on a montré tout est très beau, mais ce n’est pas forcément impressionnant. Ce sont des inspirations qu’on peut refaire chez soi. L’objectif, c’est d’être d’abord une source d’inspiration, que ce soit accessible et beau, tout en mélangeant les genres. Et puis oui ! Les endroits qu’on visite ont souvent des pièces de petits créateurs !

Est-ce que c’est vraiment possible de se nourrir de Manola pour essayer d’avoir un intérieur esthétique et éthique, mais avec un petit budget ?

Oui, je pense que oui ! On peut jouer sur plusieurs choses. Par exemple, j’ai dû racheter un canapé. J’avais envie d’un canapé Togo, mais même d’occasion, ça coûte une fortune. J’ai pris un canapé de grande enseigne (made in France tout de même !). C’est un canapé très sobre ce qui lui donne un aspect très intemporel. Je vais pouvoir le garder très longtemps. Ensuite, j’ai joué sur les accessoires. On peut mettre des petits objets de créateurs, de la déco murale, des luminaires, des petits coussins, etc. Les meubles chinés, on n’est pas obligé de les acheter chez des grands brocanteurs. C’est vraiment possible d’en trouver pour pas cher. Enfin, on a les pièces d’artisans. En mobilier, ça peut revenir cher, mais sur des petites pièces déco ce n’est pas si élevé. Par exemple, on peut avoir des pièces en céramique pour 25 euros, on n’a pas besoin d’en avoir 10 000 non plus. En ce moment, c’est la mode des illustrations de créateurs, toujours imprimées en France. Ce n’est pas très très cher… Et puis on peut en demander en guise de cadeaux ! 

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Chambre et salon de Emmanuelle Mayer. ©Emmanuelle Mayer

Aujourd’hui, la revue Manola compte 4 grandes rubriques très complètes : rencontres, visites, réflexions, actions. Pourriez-vous nous parler de l’intention derrière chacune de ses rubriques ?

Bien sûr !

Il y a aussi une partie « Objets » qui ouvre le magazine, mais je n’avais pas du tout envie de faire un magazine catalogue donc je suis moins dans la sélection d’objets.

Rencontres”, ce sont des portraits de créateurs tout simplement ! Il y en a des tout petits, d’autres très long. L’idée, c’était de rencontrer des créateurs assez variés afin de diversifier ce qu’on a l’habitude de voir. Pour le numéro un, on avait même des portraits de personnes qui étaient marchandes, mais à côté de céramistes ; de teinturières… On a mis par exemple les chambres d’hôtes de Maison Septembre, qui est aussi un atelier de teinture artisanale. Il y a quelque chose de l’ordre de la rencontre de l’univers créatif de l’artisan avec la chambre d’hôte. J’essaie aussi de faire des portraits d’hommes. Et de varier les matériaux, les techniques, etc.

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©Manola revue

« Visites » on en a parlé tout à l’heure. L’idée, c’est vraiment de mettre en avant tout ce qui est éthique dans la déco. On ne raconte pas vraiment le parcours des personnes qui nous reçoivent. On se concentre sur leur choix déco et la façon dont ils ont fait ces choix.

La partie qui me tient très à cœur et qui va se développer, c’est la partie « Réflexions ». Je retrouve un peu le type de sujet que je faisais pour la presse. On est plus sur des sujets de société, mais engagés, et là en l’occurrence, sur l’habitat. L’idée, c’est de faire connaître des façons de vivre alternatives et inspirantes. Pour le premier numéro, il y a un entretien avec Marie L’arrangeuse. Mais c’est aussi une rubrique où on peut aussi aborder l’habitat groupé, la « tiny house« , la caravane, des choses comme ça…

« Actions« , ce sont des pages plus pratiques. Cette fois, on a un zoom sur le vrai linoléum. Il y aura toujours, au sein de cette rubrique, un focus sur un matériau éthique, mais pas que… On a aussi fait un sujet sur l’isolation écologique, il y a une dimension plus pratique. On va garder cette idée du chantier, mais ce ne sera pas forcément sur de gros chantiers. En bref, il y aura toujours un aspect pratique et un Do It Yourself de Margaux.

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Le vrai Linoleum. ©Manola revue

 Existe-t-il d’autres rubriques en cours de création ou que vous rêveriez de faire, à l’avenir ? 

Oui, il y aura aussi des petits témoignages autour d’une question. Par exemple, les questions autour de la cohabitation ! L’idée, c’est d’utiliser l’habitat comme un sujet sur les questions qui traversent la société. Je pense que je vais faire un format participatif sur les réseaux, qu’on pourra ensuite retrouver dans la revue.

Vous diffusez aussi une Newsletter en parallèle de la revue. Existe-t-il une différence éditoriale ?

On ne peut pas vraiment comparer. Il y a aussi des visites mais ce sont les personnes qui me fournissent les photos, ce n’est pas du reportage. Il y a des portraits créateurs, pas mal de sélections de produits à thème. La Newsletter me permet de parler plus des créateurs. 

Les lecteurs de Kreamondo se trouvent majoritairement en France, mais une partie non négligeable nous lit à l’international, par exemple en Angleterre, aux Etats-Unis, en Belgique, en Espagne et même en Russie. Manola revue peut-elle être commandée au-delà des frontières françaises ?

Oui la revue peut tout à fait être commandée à l’international, j’en ai expédié plusieurs dans les pays francophones notamment.

Que peuvent faire nos lecteurs pour soutenir Manola revue dans son engagement éthique ? 

Ils peuvent s’abonner ! C’est vrai que ce qui est intéressant avec l’abonnement c’est qu’ils financent le numéro à venir. Et donc ça aide vraiment la revue à se pérenniser.

 

Emmanuelle Mayer Yasmine Boheas Julianna de giacomini Mrgaux Chato Nina

L’équipe de Manola reuve

 

Pour s’abonner à Manola revue ou pour commander le dernier numéro, c’est par ici 

 

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