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24 juillet 2020

Ceramics By Laura, entre minimalisme et géométrie

Rencontre éclectique et détonante avec Laura, jeune artiste française anciennement designer, reconvertie au métier de céramiste. Aux frontières entre artisanat, création pure et design.

Portrait créatrice Ceramics By Laura, grand vase bleu

Pouvez-vous nous raconter votre histoire, votre parcours de vie ?

Je me suis d’abord orientée vers des études artistiques après mon bac, en commençant par la MANA qui est une mise à niveau en art appliqué, ensuite j’ai fait un BTS design graphique. Une fois les études terminées j’ai commencé à travailler, en tant que graphiste, ce qui m’a valu une extrême frustration à être derrière un ordinateur à longueur de journée… Je me suis donc orientée vers un diplôme des métiers d’arts en 2 ans à Sèvres. Suivi d’une formation complémentaire dans un atelier privé pendant 5 mois, en technique intensive, à Montreuil. Ayant besoin d’argent pour me lancer, je suis retournée chez mes parents dans la Loire, à Perreux, où je partage aujourd’hui un atelier de 30 mètres carré avec mon papa, un atelier qui était initialement son atelier de bricolage.

Nouvelle collection, Atelier Ceramics By Laura

Pourquoi avez-vous fait le choix de la céramique ?

Je dirais que c’est une histoire de famille ! Mes parents sont de grands bricoleurs. Mon père dessinait beaucoup, c’est clairement lui qui m’a donné le goût du dessin. Mon grand père était menuisier ébéniste et ma tante était prof d’art plastiques, donc j’ai vraiment baigné dans le milieu artistique et artisanal dès mon plus jeune âge. Au début, j’hésitais entre le métal, le bois ou la céramique, j’ai commencé par la céramique et ça m’a tout de suite beaucoup plu, aussi bien l’aspect technique que chimique.

Quel est le rapport chimique en céramique ?

Quand on réalise des créations, on est des artisans, des créateurs mais aussi des techniciens. Il y a vraiment un savoir faire technique au niveau du geste mais aussi des connaissances techniques, en terme de fabrication. Il y a beaucoup de types d’argile, aux compositions différentes. L’émail, le revêtement coloré, qui apporte couleur, brillance, matité, opacité ou transparence, est une matière très proche du verre, il sert à recouvrir la pièce. Lorsque tu fabriques ton propre émail, il faut passer par des calculs moléculaires, qui consistent en fait en la traduction de formules moléculaires, avec des matériaux comme la silice, la craie, le kaolin. C’est ce côté technique qui me donne une valeur ajoutée, tu n’es pas simplement en recherche de formes et de couleurs esthétiques.

Nouvelle collection, atelier Ceramics By Laura ©CeramicsByLaura

Nouvelle collection, atelier Ceramics By Laura ©CeramicsByLaura

Dans quelle ambiance vous plongez-vous quand vous créez ?

Je travaille uniquement dans mon atelier, et je ponce France inter à fond ! Si j’ai besoin d’être hyper concentrée, je coupe. Je peux aussi faire des pauses relaxantes dans le jardin familial, aller me ressourcer dans le potager entre deux créations.
J’ai vue sur les champs de blé, les vaches d’un côté, les poules de l’autre, c’est vraiment agréable comme cadre. Au niveau de la lumière je n’ai pas d’exigence particulière, en revanche je ne pourrais pas travailler dans un sous-sol. Je connais beaucoup d’artisans qui passent par là au début de leur carrière, par manque de moyen, mais ça ne doit pas être marrant sans lumière naturelle.

Comment concevez-vous une collection ? Préférez-vous d’abord laisser libre cours à votre imagination ?

C’est un peu un mélange des deux. En fait, au début quand j’ai commencé mes recherches par le dessin, j’ai identifié plusieurs tendances, en me disant que ce seraient des séries différentes, des gammes différentes. J’avais la collection en terme de style mais pour les noms, il y a une réelle réflexion. Je ne pars pas d’un nom de collection, il vient vraiment dans un second temps. Les collections ne sont pas fixes, elles évoluent constamment. Par exemple pour la collection Le Grand Bleu, j’ai ajouté des nouvelles pièces en grès roux chamotté. Je me laisse libre de les faire évoluer avec le temps. En revanche, je suis très organisée, et je fais toujours en sorte qu’il y ait une certaine cohérence de style pour une seule et même collection.

Quelle est votre étape préférée dans la fabrication d’une création ?

J’aime beaucoup le tournage, et l’assemblage des pièces. Autrement, j’aime beaucoup la partie mise en lumière des pièces via la photographie.

Nouvelle collection, atelier Ceramics By Laura ©CeramicsByLaura

Et l’étape que vous aimez le moins ?

L’émaillage ! C’est l’étape la plus frustrante. Il y a toujours entre 10 et 15 % de défauts à la sortie du four. Ce sont les aléas du four ! Ça peut être une fissure, une bulle liée à un défaut de la matière. Il y a toujours de la perte.

Dans votre bio, vous parlez de langage plastique. Qu’entendez-vous par là ?

Le langage plastique, c’est le langage esthétique. Les anses et les couleurs en font parties : ce sont des éléments qui en font l’identité, que je reprends et que je décline. C’est un langage visuel et un vocabulaire de formes et de couleurs.

Quel message souhaitez-vous faire entendre au travers de vos créations ?

Mon art n’est en aucun cas engagé. En revanche il dénote certaines de mes inspirations, notamment, celles de la culture méditerranéenne, d’objets qui datent de la Pléiade, de l’Antiquité. J’espère que le public arrive à percevoir dans mes créations ce pont entre traditions et modernité. Je m’inspire d’objets très traditionnels, très anciens, en ajoutant un style minimaliste.

D’où vous vient ce goût pour l’aspect brut, archéologique voire géométrique ?

Nouvelle collection, atelier Ceramics By Laura ©CeramicsByLaura

J’ai toujours aimé la géométrie, c’est un goût que je n’explique pas trop. Pendant mes études de graphiste, dans toutes mes productions ressortait cet aspect très géométrique et minimaliste. C’est sans doute lié à ma personnalité très organisée et très carrée. Il y a aussi l’influence du courant Bauhaus – que j’ai étudié pendant mes études. Ce courant qui a émergé en Allemagne dans l’entre deux guerres a révolutionné la vision du design et de l’artisanat qui était très cloisonné auparavant : les designers d’un côté, les artistes de l’autre, puis les artisans. Ce courant avait la prétention de casser cette idée, puisque qu’on pouvait être les 3 à la fois. Ce courant dévoilait un style artistique très géométrique. C’est une source d’inspiration pour beaucoup d’artistes.

Et vous, comment vous positionnez-vous ?

Je me sens un peu les 3 : aussi bien désigner, qu’artiste ou artisane. Officiellement je suis designer étant diplômée de mon BTS designer, et artisan puisque j’ai mon DMA. Et pour artiste, si je ne m’abuse, il ne faut pas de diplôme ! J’aime bien décloisonner ces 3 notions, comme beaucoup de créateurs contemporains.

Comment voyez-vous l’avenir ?

Je me vois bien continuer mon activité de céramiste. Je prévois de m’installer dans un nouvel atelier sur Montpellier avec des amis céramistes, pour y développer des cours, transmettre notre passion. Les cours restent une source de revenus importante. J’ai déjà organisé plusieurs stages d’initiations parce qu’il y avait vraiment une demande puis je souhaitais me tester aussi à cette dynamique pédagogique, ça devient une activité très en vogue.

Test émaux, atelier Ceramics By Laura ©CeramicsByLaura

 

Retrouvez le profil Kreamondo de Ceramics By Laura juste ici (et ses créations) !

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