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17 avril 2021

L’autre Sac – Du cuir végan à partir de pare-brises de voitures !

Mariana est l’une des deux fondatrices de la marque d’accessoires et de sacs en cuir végan, L’autre Sac. Nous l’avons interviewée à l’occasion du lancement d’une toute nouvelle collection, dont le mode de production va vous surprendre !

Pouvez-vous nous parler un peu de vous, de votre parcours et de votre rencontre avec votre partenaire Mila ? 

Moi, j’ai travaillé dans une grande entreprise, pendant 15 ans, rien à voir avec la mode ! J’étais dans le monde du livre, de l’édition. J’étais chargée du e-commerce, de la vente internet. Je voulais faire quelque chose qui pourrait contribuer à améliorer la société. Et comme je suis colombienne, je voulais faire quelque chose qui était en lien avec la Colombie. J’ai eu l’opportunité de commencer L’autre Sac il y a trois ans. J’ai connu Mila, ma partenaire lors de mon précédent emploi. Mil a un profil créatif, elle a fait ses études à Londres. On s’est tout de suite bien entendues. J’ai pris en charge tout ce qui était marketing et elle a pris le côté créatif. Ana Maria, ma mère, a de son côté pris en charge la coordination de notre production en Colombie.
Au début, L‘autre Sac c’était donc Mila à Londres, Ana Maria à Bogotá et moi (Mariana) à Barcelone.

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Mila (à gauche), Ana María (au centre), Mariana (à droite)

Jusqu’ici, quels matériaux végans utilisez-vous pour créer vos sacs et accessoires en cuir ?

On a toujours voulu concevoir nos sacs avec des matériaux alternatifs. Proposer aux consommateurs quelque chose de différent du cuir animal, mais qui soit aussi écologique et responsable. Ce qui est très compliqué parce qu’il n’y a que très peu d’alternatives. Ce qu’on connaît, aujourd’hui, comme cuir végan, c’est du plastique. La production est très toxique. Pour le produire, il faut du polyuréthanne ou du PVC.
Nous, on a commencé avec de la pâte de cellulose. Qui est un matériau végétal. Ça s’utilise depuis dix ou 15 ans pour faire des sacs et des objets de décoration intérieure. Ça peut se mettre à la machine à laver. L’avantage, c’est qu’il n’y a pas de plastique et que le matériau est biodégradable, mais l’inconvénient, c’est qu’étant biodégradable, ce n’est une alternative qu’à moyen terme. Nous voulions évoluer vers une alternative à très très long terme.

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Sac en cuir végétal issu de la transformation de la pâte de cellulose

Vous lancez aujourd’hui, une nouvelle collection de sacs qui ont l’apparence du cuir, mais sont réalisés à partir de pare-brises de voitures ! On a du mal à y croire en regardant les photos, tant cela ressemble à du cuir animal ! Comment avez-vous eu l’idée de créer un sac à partir de pare-brises de voitures ? Ce n’est pas commun !

D’après ce qu’on connaît aujourd’hui, il faut du plastique, un polymère, pour que le sac puisse tenir sur le très long terme et être très proche de l’apparence du cuir. Finalement, ce qu’on cherche dans un sac, c’est qu’il soit durable ! Donc les seules alternatives durables qui existent dans le cuir végan impliquent du plastique. Ce que nous voulions, c’était trouver un moyen, une façon de profiter ou réutiliser du plastique qui existe déjà. Et pas devoir recréer du plastique de zéro.

Après des années de recherche auprès des laboratoires, on a réussi à trouver ce nouveau matériau qui ressemble au cuir d’une façon très impressionnante. C’est du plastique, mais recyclé, on appelle ça du PVB. C’est ce qu’il y a dans les pare-brises de voitures. Ce sont donc des déchets plastiques qui existent déjà. L’avantage du PVB, donc des pare-brise, c’est que c’est une technique de recyclage qu’on utilise depuis quelque temps… Il y a pas mal de recherches en cours. Nous ne sommes donc pas partis de zéro, sans savoir si cela allait fonctionner.
Nous savions que cela fonctionnait pour créer de la moquette, mais pour le cuir, c’est la première fois que ce matériau est utilisé. C’est vraiment un matériau très solide, ce qui apporte de la durabilité à nos sacs. On peut le gratter, même avec une éponge de vaisselle.. J’ai essayé ! Et ça tient ! Il n’y a aucune de rayure. Ça permet beaucoup de choses, la durabilité, c’est une valeur importante pour nous.

Cette nouvelle collection, avec ce matériau, est faite en Espagne par un atelier familial qui comprend deux générations d’artisans. Ils sont spécialisés dans le luxe et portent une très grande attention aux détails. Notre volonté, c’était de créer un sac qui peut durer toute la vie !
Le sac n’est pas polluant et il est durable. Il peut se transmettre de génération en génération ou être revendu pendant longtemps.

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Comment se déroule l’aspect recherche en laboratoire, pour la réalisation de vos créations ?
On a essayé au début de faire des demandes de recherches à des universités ou à des labos en Colombie, mais c’est très coûteux et très compliqué. Nous n’avions pas les moyens de continuer ainsi. Nous avons donc revu notre modèle pour travailler sur des matériaux qui sont déjà un peu développés. On a donc été voir des laboratoires déjà positionnés sur des matériaux. Nous avons fait énormément de salons, de recherche, etc. Pour rencontrer les collaborateurs en personne. C’est important de se rencontrer et de voir les gens avec qui on va travailler.
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Nous voulons travailler avec des laboratoires qui partagent nos valeurs. Les labos avec lesquels nous travaillons nous transmettent des échantillons au fur et à mesure de leurs recherches. Lorsque nous arrivons à quelque chose de satisfaisant, nous achetons le matériau brut auprès d’eux et nous le transmettons à nos ateliers. Quand on a commencé avec la cellulose, cela a nécessité beaucoup de temps pour que les employés de l’atelier réussissent à adapter leur mode de production à l’utilisation de ce nouveau matériau. Le processus est long. Par exemple, le Rosa Bag, notre nouveau sac, ça fait déjà un an que nous le développons !

Jusqu’ici vous n’avez qu’un modèle de sac à partir de ce nouveau matériau, comment envisagez-vous de développer la collection ? 

On va commencer avec une production de capsules réduites. On a le produit star, c’est le Rosa Bag qui est disponible en crowdfunding. Le Rosa Bag, c’est le résultat des trois ans d’expériences et de recherches de la marque. Nous avons vraiment évolué en trois ans. Au début on avait juste une version sac à dos, qui a évolué jusqu’au rosa bag, qui est convertible. C’est un sac à dos, qui se transforme en sac plus élégant pour le travail, mais aussi en sac de weekend. L’idée c’était de développer un sac versatile qui puisse s’utiliser dans des contextes très différents.

On a aussi d’autres références qui sortiront dans quelques semaines. Il y a un tote bag très simple, minimaliste, timeless. Il y aura un foulard qui pourra habiller le sac, si voulu. On aura aussi un sac, un peu plus petit, que le Rosa Bag, qui est plus coquet, avec plus de détails minutieux dans le travail esthétique. Il y aura enfin une série d’accessoires, une housse pour l’ordinateur, une petite trousse, un petit sac-porte monnaie.

À l’avenir nous utiliserons surtout ce nouveau matériau. On continuera peut-être un peu avec la cellulose, mais surtout avec le PVB. En parallèle nos recherches se poursuivent pour continuer d’améliorer la matière première, et nous restons ouverts à l’utilisation de nouveaux matériaux. Nous voulons vraiment proposer à nos clients la pointe de l’innovation en termes de matériaux vegan eco-friendly. Nous sommes convaincus que c’est le début d’une grande révolution dans les habitudes de production et de consommation et nous voulons contribuer à cela !

Votre premier atelier de production se trouvait en Colombie, à Bogotá. De quelle façon avez-vous choisi cet atelier ?

On a fait des productions en Colombie jusqu’au Covid. Nous travaillions avec un atelier qui embauche des femmes en situation de vulnérabilité, qui ont fait de la prison ou qui sont en situation de handicap… Des choses qui les empêchent de trouver un emploi. On travaillait très bien avec cet atelier, mais en raison du Covid, ils ont axé leur production sur la conception de masques et fournitures de protections cliniques. On a donc mis en pause notre collaboration en attendant la fin du Covid. 

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Atelier de confection à Bogotá engagé dans la réinsertion de femmes en situation précaires

Pour cette nouvelle collection, vous nous disiez que vous travailliez avec un atelier espagnol. Comment l’avez-vous sélectionné ?

Pour nous, les ateliers sont plus que de simples ateliers de confections. On a besoin de gens qui connaissent bien la confection et sont sensibles à nos valeurs. Il faut qu’ils soient prêts à s’investir avec nous dans la conception de modèles utilisant de nouveaux matériaux, et qu’ils soient capables d’adapter leur façon de travailler. Nous faisons aussi très attention à la façon dont les employés de ces ateliers sont traités.
Dans le textile, il n’est pas rare que les conditions soient peu respectueuses de l’humain et que les contrats de travail soient inexistants ou précaires. Au sein de notre atelier espagnol, 40 personnes sont engagées avec des contrats longues durées, à plein temps. C’est assez rare au final !
Nous avons été sensibles à cela, mais aussi au fait que ce soit une entreprise familiale et de taille humaine, où le souci du savoir-faire artisanal et de sa transmission, est central.
Notre idée pour l’avenir, c’est de multiplier les ateliers avec lesquels nous travaillons, mais qu’ils soient toujours impliqués dans un mode de travail et de production éthique. Nous voulons aussi diminuer notre émission de carbone et d’émission à effet de serre afin de rester cohérent. Multiplier les collaborations avec des ateliers autour du monde, pourra ainsi nous permettre de consolider l’ancrage économique d’ateliers éthiques tout en diminuant notre empreinte carbone.

Vous financez en parallèle un projet de soutien pour l’éducation des adolescentes colombiennes, pouvez-vous nous en dire plus ?

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Même si nous sommes un peu à l’arrêt quant à notre collaboration avec l’atelier colombien, nous continuons de participer au financement de l’éducation pour adolescentes colombiennes. C’est vraiment quelque chose qui est au centre de notre philosophie d’entreprise. On est une petite marque fondée par des femmes. Et c’est très important pour nous de soutenir l’éducation d’adolescentes dans des pays défavorisés ou en voie de développement. On croit vraiment que l’éducation est quelque chose d’important pour créer de nouvelles opportunités.

Moi, je suis colombienne, j’ai donc un lien très intime avec ce pays. Je suis très proche d’une fondation qui donne une éducation de très haute qualité, chose qui n’est pas le cas dans le milieu populaire en Colombie. Cette fondation donne donc une éducation de haute qualité dans un quartier extrêmement pauvre. Nous leur reversons une partie de nos bénéfices pour soutenir l’un de leurs programmes, qui permet à des jeunes filles de 14 et 13 ans la poursuite de leurs études. C’est un âge très critique, car il y a un taux très élevé de grossesses ou d’arrêts des études. Nous voulons participer à la création d’opportunités pour ces jeunes filles.
Même si nous sommes une petite marque, nous sommes très investis dans leur financement. Mais plus nous grandissons, plus nous pouvons les soutenir. En diversifiant nos apports, comme par les campagnes de crowdfunding, nous pouvons continuer de grandir et de les soutenir de façon plus importante.

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Fondation Ana Restrepo del Corral à Bogotá (Colombie)

D’où vient cet engagement très concret, que l’on peut aisément qualifier de féministe ?

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Mila (à gauche) et Mariana (à droite)

Oui, oui… On peut dire féministe ! J’ai grandi en Colombie et ce n’était pas évident d’être une femme et d’avoir des ambitions professionnelles et faire des choses différentes de ce qui existe comme opportunité pour les femmes. Même si les choses ont beaucoup avancé – je ne peux pas comparer les opportunités que j’ai eu, avec celles de la génération de ma mère – ça continue d’être très restreint, et difficile dans tous les milieux. Même dans un milieu libéral comme celui de l’entreprise, être un homme ou une femme, ce n’est vraiment pas pareil.
Moi, j’ai eu la chance d’être née dans un milieu plutôt favorisé où j’ai eu accès à l’éducation. Ce qui n’est pas le cas des milieux très pauvres. J’ai toujours eu la sensation que… on ne mérite pas l’endroit où on est né. Je n’ai pas eu les challenges supplémentaires qu’ont les femmes qui naissent dans des milieux défavorisés. Et ça me donne l’obligation de faire quelque chose pour aider. On n’a pas tous les mêmes conditions à la naissance. Ce n’est pas comme en Europe, où l’éducation publique donne quand même des bases communes. Ça n’existe pas chez moi, en Colombie. J’ai toujours ressenti la nécessité de faire quelque chose pour contribuer et aider. C’est ça ma motivation personnelle en tant que femme ambitieuse qui a une entreprise qui aura beaucoup de succès, un jour ! 

Une dernière question, comment nos lecteurs peuvent-ils vous soutenir dans les différentes luttes que vous menez à travers L’Autre Sac ?

Achetez ! C’est aussi simple que ça, achetez ! Donnez-nous l’opportunité grâce à nos sacs de faire plus. En ce moment, on a une campagne de crowdfunding pour le Rosa Bag. Ça nous aiderait beaucoup si déjà les gens y participaient en achetant notre sac !

 

Pour participer à la campagne de crowdfunding : cliquez-ici

Vous retrouverez aussi les autres créations de L’autre Sac sur le profil Kreamondo de la marque.

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Rosa Bag – nouvelle collection végan et éco-responsable de la marque L’autre Sac

 

 

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