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loupiote sarah morin

27 novembre 2020

Sarah Morin, cultiver le fruit de la création

Des lampes qui poussent au jardin… Avec la calebasse, un fruit ancestral, Sarah Morin cultive jusqu’au bout sa démarche artistique, créatrice et écologique. Entretien.

Kreamondo : Comment vous est venue l’idée d’utiliser la calebasse pour vos créations ?

Sarah Morin : C’est l’aboutissement d’un long questionnement sur ma façon de changer (dans une démarche de slow design, ndlr), d’aller jusqu’au bout de ma démarche écologique. Depuis mon déménagement à la campagne, je dispose d’un jardin, et un voisin, fils de berger, m’a donné des graines de calebasse. La calebasse est une plante, un fruit ancestral, utilisé pour faire des gourdes, des poupées, depuis au moins 1700 ans avant notre ère.

Vous semblez fascinée par la calebasse, comme principal matériau de vos créations…

« la calebasse, l’apothéose du durable »

C’est vrai, la calebasse fut pour moi une révélation, une expérience magnifique, la réponse à ma volonté de produire mieux, l’apothéose du durable. C’est comme cela que l’aventure loupiote a commencé.

La calebasse accompagne l’homme depuis fort longtemps. On la retrouve surtout dans le Sud, mais cette plante s’acclimate à la Picardie (où vit Sarah Morin, ndlr). Ce fruit est aussi dénommé cougourdon, et il y a même des salons, des festivals dédiés à ce fruit.

loupiote sarah morin

 

Loupiote Cosmos crème

Vous créez à partir d’un fruit cultivé dans votre jardin ?

En partie, oui, et je me fournis également dans un autre jardin à Saumur, spécialisé dans la culture et la distribution de la calebasse. J’apprends encore et mes récoltes ne sont pas encore suffisamment régulières.

Comment développez-vous les couleurs ?

Je me fournis auprès de Ressource, un des derniers fabricants français de couleurs engagé dans une démarche écologique et reconnu. Leur démarche est d’ailleurs classée comme patrimoine vivant.

Pouvons-nous jeter un œil à votre atelier ?

Combien de temps vous prend la réalisation une création ?

Entre 2 et 4 heures pour les modèles les plus sophistiqués.

loupiote sarah morin

©Marianne Evenou

Il y a une véritable recherche esthétique, une mise en scène dans la manière dont vous présentez vos loupiotes…

« Je sens l’air du temps. »

J’ai passé le gros de ma carrière en tant que styliste produits et tendances pour la maison, à décrypter les mouvements de mode, à sentir l’air du temps. C’est un exercice quotidien, que je pratique depuis de nombreuses année. J’observe mes envies, mais aussi les perceptions des autres, les tendances, la mode, j’essaie de combiner ce vers quoi je veux aller et ce vers quoi les gens vont.

J’aime raconter une histoire à travers un produit, j’aime l’émotion qui se dégage dans les associations d’image, la façon de traduire un produit, de le raconter le plus largement possible.
La création doit faire écho à un environnement, qui raconte une couleur, un style. Je suis donc attachée à la scénographie de mes loupiotes. Je fais de la veille sur internet, sélectionne des images d’artistes dont le travail me parle, me touche, ce qui me permet aussi de créer du lien.

loupiote sarah morin

©Elisa Ossino

Avez-vous des projets à venir ?

« des lampes qui poussent au jardin »

J’ai des projets en gestation, oui, mais la calebasse me correspond, et je suis loin d’avoir exploré toutes ses possibilités.

Ces lampes qui poussent au jardin, tel un fruit, c’est pour moi l’apothéose du non-CO2.

Ce qui me plaît dans la loupiote, c’est le fait de travailler un fruit ancestral et de l’inclure dans le monde contemporain. L’idéal serait que d’autres se mettent à utiliser la calebasse comme un céramiste utilise la terre et puissent exprimer leur créativité avec ce fruit. Aujourd’hui le produit plaît mais questionne encore… Lorsque j’ai débuté ma première production, il y a environ 4 ans, la notion de valeur était absente dans la calebasse. La notion de culture n’était pas perçue contrairement au temps de travail de la céramique par exemple.

Chaque fruit est différent, unique, comme l’être humain, avec ses défauts, ses blessures, à valoriser le mieux possible. Je ne fais jamais la même pièce.

 

« L’allure de la calebasse me correspond avec sa forme douce, dansante, ambulante ».

 

 

 

 

 

Retrouvez les créations de Sarah Morin sur sa page Kreamondo.

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