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16 juin 2021

Studio Seem Soap – le pouvoir des formes et des couleurs

Derrière la marque de savons éthiques aux couleurs et formes surprenantes, Seem Soap, il y a Mathilde Lehmann. Nous l’avons rencontrée au Studio Seem Soap, à Montreuil, où tout commence. Elle nous livre l’histoire de la marque.

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Vous êtes issue d’une formation à dominante artistique, dans la prestigieuse Haute École d’Arts et Design (HEAD). Comment en êtes-vous arrivée à la création de savons ? Cela peut surprendre !

J’ai fait les beaux-arts de Rennes et après, j’ai fait deux ans de Master à la HEAD qui était vraiment axé sur l’art. Je faisais beaucoup de technique, de sculpture, de moulage, etc.. Et ça ne me suffisait pas que mes sculptures soient juste dans l’espace. J’avais envie qu’elles soient activées, qu’elles soient confrontées à un mode d’usage. Je me sentais très proche du design, ça m’a toujours un peu fascinée. Alors en sortant de la HEAD, j’ai fait un stage de six mois chez AD Magazine. J’étais l’assistante photo, je participais au shooting etc… J’ai côtoyé le monde du design à ce moment-là, et ça m’a vraiment plu, plus que le monde de l’art !

Et qu’est-ce qui vous a conquise ?

Toute la beauté des objets mais j’ai aussi trouvé ce qui me manquait dans la sculpture artistique. La beauté d’un objet : oui ! Mais qui a aussi une fonction. Une utilité qui pousse à manipuler la création, à être au contact de la matière. Cela m’a ouvert tout un champs des possibles entre design et art, design et architecture, design et décoration. Je n’avais pas de références en design, je ne connaissais pas non plus l’histoire du design, j’ai tout appris sur le tas, en faisant ce stage et ça m’a vraiment plu.

Ça m’a aussi permis de me projeter dans l’entreprenariat. j’ai toujours eu envie d’être autonome, indépendante, mais je n’avais pas forcément pensé à créer une société. C’est l’envie de travailler sur un objet utile, du quotidien qui m’a menée à ce questionnement. Le savon est venu comme un objet très intéressant à travailler. Un objet qui offrait énormément de possibles en termes de formes et de couleurs. Les savons qu’on voit sont toujours assez standards, de forme carrée, ronde ou ovales; et des couleurs assez identiques, sobres. L’aventure a débuté avec la designer Valentine Sée. Nous avons créé le studio ensemble puis ma partenaire s’est concentrée sur d’autres projets, et moi j’ai continué ! Avant de lancer Seem Soap, on a testé beaucoup de matières, de moules. On a expérimenté en coulant des savons dans les formes qu’on trouvait, partout autour de nous. Ça nous a fait prendre conscience de l’étendue des possibilités qui s’offraient à nous.

Le cheminement a suivi son cours et l’objet s’est créé. On a présenté le projet à « Now! le off » de la design week, à la cité de la mode. Dans ce salon il y avait de tout ! Des lampes, des meubles, des chaises… C’était drôle parce que nous on arrivait avec nos savons en formes de pierres, en se demandant un peu ce qu’on faisait là… En fait le projet a été hyper bien reçu ! On a eu directement des contacts avec des designers, la presse, des revendeurs, plein plein de gens ! On s’est rendu compte qu’il fallait vraiment qu’on fasse quelque chose avec nos créations. C’était un peu une façon de tester la réception des gens même si on se l’avouait pas encore totalement. On voulait voir s’ils allaient être intéressés ou pas. On a donc créé une société pour produire et vendre nos savons. On a fabriqué les moules à partir de l’univers qui nous inspirait le plus, à savoir les pierres précieuses, avec des couleurs assez vives. Et la collection permanente est née !

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Pourquoi les pierres précieuses ? Pourquoi cela plutôt qu’autre chose ?

Je pense le côté… rapport à la main. J’ai commencé à ramasser des pierres comme tous les enfants, et je ne me suis jamais arrêtée ! C’est à la fois visuel et très intéressant dans le toucher. Le savon c’est quelque chose qu’on touche tous les jours. On avait la volonté de créer un objet qui puisse être embelli. En cassant tous les codes du savon, on en a fait un objet beau et utile.

 

Vos savons sont si beaux qu’on aurait presque envie de ne pas y toucher. Y avait-il dans votre idée première, un souhait de désacralisation du beau par l’usage ou plutôt le souhait de sacraliser l’usage quotidien ?

Je suis plutôt dans la désacralisation du beau. J’aime le beau mais j’aime qu’on puisse l’utiliser ! Je ne veux pas que ce soit juste posé là, qu’on y touche plus. Même en déco, dans mes inspirations, j’aime les beaux objets, mais qui ont une fonction aussi. Et je n’ai pas peur de les utiliser ! Lorsque j’achète une très belle bougie, je vais l’allumer, je ne suis pas du genre à « la laisser déco » pendant des années.

Cela dit, je sais qu’il y a beaucoup de gens qui laissent les savons en déco, pendant un long moment. Ils utilisent ensuite les savons, après les avoir assez regardés. Pourquoi pas ! C’est au choix de l’utilisateur. Il y a des gens qui tentent l’expérience directement. On a quand même beaucoup travaillé l’ergonomie, la prise en main, même si ça ressemble à des pierres, c’est des formes qui sont assez plaisantes au toucher et à la manipulation. 

Il y a l’idée de proposer une expérience mais aussi de proposer des savons plus responsables. Il y a cinq ans et encore aujourd’hui, ce n’était pas tout à fait évident le retour au savon solide même si ça progresse. J’ai vu énormément de marques se créer et se développer depuis.

Pouvez-vous nous expliquer ce qui pose problème avec le savon liquide ?

Alors déjà il y a une question d’emballage, puis il y a aussi des produits nocifs pour la planète, pour la peau, alors que dans le savon solide on est dans un produit qui prend mieux soin de la peau, qui est beaucoup plus respectueux pour la planète. C’est surtout une question d’engagement. 

Est-ce que vous avez rencontré des difficultés lors de la création et de la production de ce savon plus éthique ?

Oui bien sûr ! On a fait énormément d’essais… Chez Seem Soap, c’est du savon saponification à chaud. Notre fournisseur est à Nice. On a longtemps testé, regardé les listes d’ingrédients. Il faut vraiment prendre le temps de décortiquer les listes d’ingrédients. On a réalisé des tests, des prototypes, pour le visage, et le corps… On s’est détourné de la saponification à froid, parce qu’à froid on ne pourrait pas avoir les formes attendues et le côté lisse. On a donc opté pour ce type de saponification dont la base est déjà saponifiée. Je la coule moi-même, et je rajoute les pigments et les parfums. J’ai mes petites recettes ! Il existe plein de bases de savon saponification à chaud plus ou moins bien, la nôtre est naturelle !

Mathilde Lehmann, vous êtes artiste plasticienne, quelle différence faites-vous avec le métier d’artisan ?

Un artisan réalise un objet qu’il va reproduire … Il peut y avoir une idée plus machinale. Là je crée un objet que j’ai designé et je le reproduis à l’infini. L’artiste plasticien, il va plus faire des œuvres uniques, travailler sur un sujet puis un autre sujet… C’est pas la même démarche créative. Mais du coup, je dirais que je suis plutôt une designer-artisane. Néanmoins, c’est bien mon passé de plasticienne qui m’a permis d’en arriver là. Je suis passée d’artiste à artisan, mais uniquement grâce à tout ce que j’ai appris et développé en tant que plasticienne. Je ne me considère donc pas comme une artiste. C’est vrai qu’il y a une dimension plastique dans mes créations…  C’est assez ambigu, c’est sculptural, un travail de la main, une créativité, des nouvelles formes, de nouvelles couleurs.. Sans parler des pigments que je travaille de façon à trouver de nouvelles couleurs. Il y a effectivement un côté très plastique, mais dans la démarche je me sens plus proche des designers que des artistes.

Comment se déroule votre processus de création ? Comment déterminez-vous les formes et les couleurs de vos savons artisanaux ?

La création est assez instinctive. Je suis créative depuis que je suis toute petite. J’adore les couleurs. Elles sont déjà toutes présentes dans la nature, après c’est un peu une recherche d’imitation de la nature. On s’en inspire, et on reproduit ce qu’on voit. A propos des couleurs, je garde aussi un œil sur les tendances. J’ai mes planches que j’adapte. Pour les motifs, on a commencé par des motifs plus linéaires, assez minimalistes. Puis on a fait des tâches ! On voulait avoir deux esthétiques. L’une avec beaucoup de caractère et l’autre qui s’exprime avec plus de douceur.

J’ai vu que vous avez fait un certain nombre de collaborations, comment naît une collaboration ?

Garance Vallée, par exemple, artiste designer parisienne, nous a contactées avec l’envie de faire une collab. Elle nous a envoyé des croquis, on en a discuté. On allait vers quelque chose de minéral. On a retravaillé ses croquis pour proposer quelque chose. Cette collection-là est intéressante parce qu’on change de technique de moulage et que je termine en coupant au couteau. Donc on retrouve vraiment mon expérience de la sculpture physique. Chaque pièce est vraiment unique puisque taillée manuellement. On retrouve aussi l’idée de la pierre précieuse.

Lex Pott, designer Hollandais, de son côté, nous a parlé de son envie de faire quelque chose autour du galet. Et chose amusante, c’est une envie à laquelle nous réfléchissions aussi. La collection issue de cette collaboration comprend deux axes : un premier ou nous avons moulé à partir de vrais galets, qu’on a ramassé sur les plages de Normandie, et un second où nous nous sommes focalisés sur l’univers de la place, le couché de soleil par exemple.
Une collaboration mais deux savons bien différents avec un dégradé de couleurs. C’est toute une recherche pour trouver la technique de nuances.

Le confinement a-t-il stoppé votre création ?

Il y a eu la collection œuf qui est sortie pour Pâques. L’idée m’est venue l’année dernière pendant le confinement. Comme on était confiné et je n’avais rien pour mouler, je me suis mise à mouler dans les coquilles. Et en fait c’était plus dans l’idée de faire des photos, quelque chose d’esthétique, et ça a vraiment plu ! Beaucoup de gens m’ont demandé si on pouvait les acheter. Alors je me suis dit que j’allais sortir une collection pour l’année à venir !

Quelle étape préférez-vous ?

j’aime bien la production. Le moment où je les coule dans le moule. Mais je crois que je préfère la conception. Je fais des recherches, je les dessine, je fais des maquettes, en papier, en pliage… Ensuite en 3d, puis le moule avec la 3d. Je travaille avec un concepteur 3d pour les moules. J’ai une machine qui chauffe, qui aspire et vient englober la forme. Quand je les démoule, les bords sont bruts et je les façonne à la main. Je les laisse, je retire les petites imperfections puis je les emballe.
Avoir ce contact avant qu’ils ne soient terminés me permet aussi de sculpter l’expérience tactile finale.

 

Retrouvez les savons Seem Soap ici !

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